Halida Boughriet
 

Mounir Benabid (Sétif) slameur,  alias Azyko
Paroles non coupables
Paroles qui expriment un ras le bol
Par rôle elles se fondent en rimes et défient les geôles
La nuit avance et le sommeil me devance….je m’ennuis
A chaque nouvelle lune….je trempe ma plume
La vie est acide….ça a le gout d’agrume
J’éviterai de vous parler d’amour
Entre nous ça ne vaut pas le coup
En plus il m’en reste un arrière gout
Franchement….c’est pas fameux
Je ferme les portes sur ma vie qui se vide
J’évite les courants d’air j’en ai mare c’est la galère
En panne d’histoires….je pense a mes gloires passagères
En panne d’histoires….je pense aux déboires qui me ravagèrent
Les souvenirs foisonnent….tantôt je ris….tantôt je pleure
Tantôt je m’extasie….tantôt je prends de l’extasie
Je m’enivre….je me livre
On lit en moi comme dans un livre
J’emploie le verbe et le nom et on me croit ivre
Ma tête perd les mots et les maux de tête me perdent
Panseur de mots panseur de maux
CHERRAD l’a dit en jeu de mots
Moi je le dis en charade
Mon 1er est dedans
Mon 2 eme est la 17 eme lettre de l’alphabet
Mon 3 eme est la 3eme personne du singulier
Mon 4 eme est une auxiliaire
Mon tout est….je vous le donne en mille….une insulte
Ce n’est que le prénom….je lui ai choisis « de sa race » comme nom
D’habitude je suis poli
Oui….mais d’habitude a minuit je suis déjà au lit
C’est tout moi….des qu’on me met en confiance
Je déverse mes confidences
Je dis se que je pense a vous d’entendre mes mots qui dansent
Sinon allez vous faire prendre
Je monte….je descends….je vire a gauche….je reviens a droite
Je change de rive….là ou je vais on me vire
De paroles profondes en propos incohérents
De mots qui pèsent en idées qui déplaisent
Je me dis que je gère….mais c’est trop lourd pour moi
Faut que mon cœur digère
Plus de confidences a 8 H du mat
Plus d’amour a midi
Le soir je prendrai un yaourt et de la laitue….c’est léger a se qu’on dit
Si j’ai faim….je me réveillerai vers 3 H du mat   

Atef Boussoualim (Sétif) slameur,  alias Stendhal
Mon silence !
Coupable d’avoir mis au monde un monstre pareil, mon fils !
Celui qui assassine porte mon nom, je suis le créateur, le père, la mère, je suis le sang qui coule dans ses veines, celui aussi de ses victimes, je suis ses organes et il respire de mon souffle.
Il vit avec moi et j’étouffe dans cette prison ou je me suis mis tout seul, suite à ma propre décision car je suis mon propre juge, et je me condamne à cent ans de prison ferme, mais avec lui, car je ne veux pas le laisser errer dans ces terres sans surveillance.
Mais, il ne me quittera jamais, j’en suis sûr, il finira ces jours avec moi, comme ce sentiment de culpabilité qui me transperce et coupe en mille morceaux, et je n’y peux rien, ni le temps d’ailleurs. Ma culpabilité est autre, elle n’est pas humaine, je suis coupable d’un crime que le commun des mortels ne peut commettre, j’ai mis au monde le diable. Oui, le diable !
un diable qui s’habille très chic, qui met des cravates qui brillent de loin, comme son gros ventre, un nouveau riche comme on dit, et pauvre d’esprit qui tue sans même le savoir, ou peut-être il le sait, mais il ne l’admettra jamais.
Il est le fils de cette terre, le mien, et rien ne saura effacer cette haine qu’il porte au fond de lui et cette culpabilité qui me hante depuis le jour de sa naissance.
Tout a été prévu d’avance et je suis comme lui, on n’a rien choisit. Lui, il tue et moi j’enfante des gens comme lui, avec mon silence… 

 Raïd El Kolli (Sétif) slameur,  alias Auctoritas
Qui pourrait se vanter de ne point être lâches?? »
Tous lâches, de tache en tache on se fauche se fâche se fiche de tout
Et se cache pour ne pas qu’autrui le sache
Ayant été jugés coupables on en était incapables
Un sentiment renégat nous condamna alors
On a cafouillé nos contrées en fous d’hier contre eux
Mais en coupables on voulait s’aveugler volontiers pour ne voir ces va et vient en vain qui en valent une vie
Mais l’atermoiement qui vient via un vœu on le veut
Alors on va et on se voile la vue »

 Mehdi Benachour (Lyon) slameur,  alias Lee Harvey Asphalte
Le remords coule le long de mes omoplates
S’insinue entre mes côtes,
Le poids de mes fautes se fixe sur mes reins
Paralyse les mouvements de mon bassin,
Mon dos entier
Cartographie ma culpabilité,
Trace des reliefs,
Façonne des précipices,
Comme autant de cicatrices.
La pression sur mes poumons
M’interdit de souffler
Tandis que mes épaules
Dessinent des angles improbables.
A l’image d’anciennes gravures médiévales
Mon buste grotesque
Y est sensé imager
La difformité de mon âme
Et la perversité de mes actes.
La perte de l’innocence
Se manifeste donc à travers les variations de ma scoliose.
30° de culpabilité.
30 années à redresser.
30 pêchés à expier. 

 Guillemette Grobon (Lyon) metteure en scène
Simplement
Coupable de ne pas être responsable
Simplement responsable avant le massacre
Après… Je
Je redeviens coupable de ne pas être responsable
Simplement responsable avant l’épuisement
Après… Tu
Tu redeviens coupable de ne pas être responsable
Simplement responsable avant la peur
Après… Nous
Après c’est mort
Avant c’est dur
Dur d’être simplement responsable
Simplement
Le dépeceur antique
A genoux sur le sol aride, le dépeceur passe la lame fine de son poignard sur l’avant bras de sa victime.
Assise à ses côtés, elle le regarde intensément.
Le dépeceur enlève la première couche de peau. Veines et muscles apparaissent et rougeoient sous le soleil de midi.
La victime se tait, encaisse la douleur fulgurante et offre aux rayons le soin de sécher sa plaie.
Ses chairs à vif n’appellent pas même au meurtre. La Mission Mortelle s’éloigne faute de combattants ; inutile à la poursuite de l’Histoire, elle s’efface pendant que la victime se concentre sur la fabrication de la cicatrice.
Le changement de mythe est à l’œuvre.
La femme a la cicatrice est épuisée. Elle a bien travaillé.
La trace du fardeau est profonde mais la joie est là : le dépeceur antique n’a plus de place parmi les vivants.
Guillemette Grobon – Extrait d’un recueil de courts écrits Mon corps d’Algérie

 Lyna Malki (Sétif) slameuse,  alias Lynatique
La culpabilité est un sentiment d’aveu et une forme intrinsèque d’avoir fauté ou commis des erreurs, des dépassements ou de l’abus envers autrui. De la culpabilité découlent des sentiments de remords qui, généralement hantent la personne à travers la trame de sa vie.
C’est alors que l’individu tente de situer ses responsabilités et il commence a endurer une souffrance pénible .C’est la période de solitude, d’introspection sur soi, de rejet, de repli.
L’individu est en conflit avec lui-même tout en cherchant des palliatifs et d’autres issues pour une forme de repentance pour toutes les blessures, les déchirures, le mal qu’il a commis envers l’autre.
La notion de culpabilité est relative aux cultures et croyances des sociétés et elle est conceptualisée selon les us et coutumes.
C’est ainsi que pour certaines sociétés, la notion de culpabilité chez les occidentaux est considérée comme protection l’honneur dans les milieux très conservateurs. Nous citerons les cas de Vendetta pour laver un affront fait à la famille.
Le sentiment de culpabilité diffère d un contexte à un autre. Il y a la culpabilité des parents envers leurs enfants, la culpabilité de gouverneurs envers leur peuple, il y a la culpabilité collective dans le cas de crime contre l’humanité. Il y a culpabilité sur les plans affectifs quand une vie est détruite par des fautes d’incompréhension de l’autre.
C’est aussi le fait d’avoir laissé faire dans le cas de massacres commis contre des populations sans défense. La culpabilité devient ainsi une grande forme d’injustice.
Tout auteur de culpabilité adopte des comportements différents qui vont du déni de la faute et le rejet sur l’autre jusqu’à la réparation et souvent le cas, à des conduites suicidaires.
Je pense que dans toute action de culpabilité, il faut opter pour une justice restauratrice afin d’éviter que le cycle de la violence ne réapparaît d’une manière qui ne peut qu’engendrer d autres violences et souffrances.
Il faut transcender tout sentiment de haine et savoir pardonner. C’est la toute la grandeur de la nature humaine.

Randa El Kolli (Sétif) auteure dramatique
Un fleuve rouge,
Assise sur ses bords, je songe à toi, Unicité !
Sur l’autre rive, je te vois ; tu t’éveilles, tu me contemples…
Ton regard larmoyant perfore ma prétendue virginité.
Tes yeux rouges,
Eclaboussant du pus mielleux, m’enivrent jusqu’à l’exaltation.
Noble, Noble, Noble est l’Unicité !
Exilée sur l’autre rive, elle tourbillonne…Loin des siens.
Sous un ciel rouge,
Elle vocifère ; une haine fraternelle l’emmaillote.
Loin des siens…
Si le fleuve éloigne des siens, délivre-t-il de soi ?
Unicité !
Pardonne ma perfidie, ma fierté démesurée,
Ma loyauté envers l’être qui m’allaita.
Pardonne mon éloignement,
Je n’ai pas su être là.
Sotte, je suis sotte.
A trop vouloir me rapprocher de l’autre,
Je me suis éloignée de toi.
Manque de discernement…
Aujourd’hui, fuyant les piètres riverains qui m’entourent,
« Au-delà du fleuve », je veux aller.
Sur l’autre rive, je veux te retrouver,
Effleurer cette innocente frimousse que je connais à peine.
Frôler un corps frêle enseveli dans un linceul.
Tu es tout près,
Tu es si loin,
Je traverse ce fleuve ensanglanté, ces eaux troubles, ce corridor amer
Et te rejoins,
Pour dérober un de tes sourires, un de tes cris, une de tes larmes…

Randa El Kolli (Sétif) auteure dramatique
Convertir les conjonctions de coordination en trois points de suspension: Coupable
Imposer des subordinations imposantes et une censure sujet / verbe surabondante: Coupable
Attribuer à la démocratie un complément du nom composé à partir du nom pluriel du verbe « péter »: Coupable
Nous déclarons l’accusé COUPABLE et le condamnons par conséquent, suite à l’abolition de l’article 70 de la constitution, à un règne sans précédent.

Mariette Navarro (Lyon) auteure théâtre dramaturge
Voici revenu le cinéma très réel des images que tu te fait
Les projections en boucle, incessantes, incisives
Les arrêts sur image avec leur précision de poignard blanc
Les mots redits amplifiés
La lumière beaucoup trop crue braquée sur toi
L’air qui manque et le silence

Hajar Bali (Alger) auteure dramatique, metteure en scène
Je pense que les humains ne se sentent pas « assez coupables », c´est là que se situe probablement la raison de beaucoup de nos maux.
Dans une de mes nouvelles, j´évoque la fameuse peau de chamois, qui sert à faire briller les surfaces de nos confortables maisons.
 » Il s’en va chercher une peau arrachée à la poitrine du chamois, pauvre bête. Le chamois vous regarde de ses yeux bruns, agrandis par la terreur. On n’a jamais rien inventé de plus doux. Le derrière légèrement dressé, prêt à bondir hors de la vue du chasseur. Bondir dans la forêt. Les arbres, aujourd’hui clairsemés, nus, aucun abri pour le doux bondissant. On n’a jamais inventé de peau plus douce. Mais où l’ai-je donc laissée, cette maudite peau ? se dit notre nettoyeur. Peut-être dans le salon. Ou près de la boîte à cirer, dans le couloir. »
Il en va ainsi de beaucoup de choses, nous fabriquons des oreillers à base de plumes d´eider, cela ne nous empêche pas de dormir tranquillement.
Mieux encore, nous chassons rats et cafards, écrasons fourmis et escargots; bêtes qui sont dans l´impossibilité de se défendre, et dont on n´entend pas les cris parcequ´ils sont silencieux;
La question des guerres et de la colonisation est du même ordre.
Ou encore les souvenirs de nos lâchetés et de nos trahisons.
Je pense qu´on ne peut pas vivre sans un sentiment de culpabilité vis-à-vis de ce qu´on n´a pas voulu voir ou entendre. Mais, paradoxalement, ce sentiment de culpabilité nous empêche de vivre.
La société d´aujourd´hui a inventé la psychologie pour nous aider à accepter ce fardeau de notre culpabilité à tous les niveaux. Elle nous aide à fabriquer notre amnésie.
Question: si on résout le problème de notre culpabilité, on n´est donc plus fautif de rien; alors on peut recommencer, n´est-ce pas?
 Quel enfer, vraiment.

Textes rédigés pour le dyptique  photographiques ‘Maux des Mots’

Mounir Benabid (Sétif) slameur,  alias Azyko
Paroles non coupables
Paroles qui expriment un ras le bol
Par rôle elles se fondent en rimes et défient les geôles
La nuit avance et le sommeil me devance….je m’ennuis
A chaque nouvelle lune….je trempe ma plume
La vie est acide….ça a le gout d’agrume
J’éviterai de vous parler d’amour
Entre nous ça ne vaut pas le [...]